J'aime pas être pris pour une truffe !
par , 01/09/2010 à 09h28 (1882 Affichages)
Clic !
Ca y est : Je viens de cliquer sur le bouton d'achat d'un ebook. 47 €.
Je trouve le prix un peu élevé pour ce qu'on me propose, mais bon. Le sujet m'intéresse, et je me suis fixé un budget annuel de 10.000 euros pour ma formation. Donc, j'achète.
Je reçois donc le livre par voie électronique (logique, c'est un ebook !), et, comme à chaque fois, la première chose que je regarde c'est le nombre de pages.
Oui, je ne vous ai peut-être pas dit, mais je suis éditeur. Entendez par là un vrai éditeur, qui reçoit des livres d'auteurs, qui les lit, et qui choisit ensuite de garder ou pas le manuscrit, pour qu'il soit publié.
Je fais ça depuis près de 6 ans maintenant, et depuis le premier jour, je sais que c'est peut-être idiot, mais le nombre de pages, quand il s'agit de guide technique a toujours été l'un de mes critères principaux de choix.
Parce que oui, on vous dira qu'il vaut mieux 20 pages ultra optimisées que 100 pages de bla bla, que les gens n'ont plus le temps de lire, qu'ils veulent aller à l'essentiel, mais il n'empèche que des livres "techniques" avec moins de 100 pages en librairie, c'est quasi inexistant. Et à quelques rares exceptions prêt, aucun éditeur sérieux n'accepterait de publier un bouquin qui fait moins de 96 pages...
C'est comme ça. Les gens qui achètent un livre qui fait moins de 100 pages, et qui est censé leur apprendre quelque chose, se sentent bien souvent frustrés...
Bon... Mais revenons à nos moutons...
Je regarde donc le nombre de pages du livre que je viens d'acheter 47 €, et je vois : 60 pages. Bon...
Je commence ma lecture, et là, première surprise : Pas de table des matières.
Arf ! Encore une déformation d'éditeur...
Quand je lis un livre, j'aime bien avoir un aperçu global de ce qu'il y a dedans. Ne pas être obligé de me palucher l'intégralité du bouquin pour tenter de comprendre la pensée et le cheminement de l'auteur.
De plus, l'avantage des ebooks (parce que oui je préfère de très très loin les livres papier) c'est qu'on peut avoir accès à l'information super rapidement. Et une table des matières dynamique (on peut cliquer sur les titres pour accéder directement au chapitre voulu) est un gain de temps énorme.
Donc ma première mauvaise surprise, avec cet ebook reçu, c'est qu'il n'y a pas de table des matières. Je vais donc être obligé de survoler tout le livre pour me faire une première impression. Et par la même occasion, je vais perdre pas loin de 10 minutes pour ça...
Je commence donc ma lecture, et là, deuxième mauvaise surprise : L'auteur a cru bon mettre un interligne double. Ce qui fait que ses 60 pages se transforment en à peine 30 pages, une fois remis dans un interlignage simple.
Comment ne pas avoir l'impression d'être pris pour une truffe quand on voit ça ?
Comment ne pas imaginer que l'auteur, devant le manque évident d'idées et de choses à dire, a pris le parti d'étaler sa prose sur 60 pages en pensant que le lecteur serait assez dupe pour ne pas s'apercevoir de l'entourloupe ?
C'est bien difficile !
Donc forcément, si on essaye de se mettre ne serait-ce que 2 minutes à la place d'un lecteur lambda, et qu'on imagine ce que va penser le pauvre gars, alors qu'il n'a pas ENCORE LU UNE SEULE LIGNE du livre qu'il vient d'acheter et qu'il a déjà l'impression de s'être fait entuber sévère, et bien forcément, à moins d'avoir une plume plus que passionnante, le message va avoir bien du mal à passer.
D'autant que ce n'est que le début des surprises, parce que le livre en question est un livre du genre "27 astuces pour..." (en fait, il n'y en a pas 27, mais ça marche avec 17, 27, 37, 47, 57, etc..., tout comme ça marche avec "conseils", "raisons", "trucs", "manières", "méthodes", etc... à la place "d'astuces").
Ce genre de livre est toujours une bonne idée - quand on essaye pas de prendre le lecteur pour une buse - car ça a l'avantage d'être "organisé". Les gens aiment les listes.
Donc là, on s'attend bien entendu à trouver des astuces numérotées, faciles à catégoriser et faciles à identifier.
Hé bien non !
Pas de numéro. En tout cas pas le long du livre. Quelques conseils (en tout il y a bien le nombre annoncés de conseils), mais seulement 15 "astuces" réelles telles que c'est annoncé sur la page de vente.
Et tout à la fin -miracle- on a bien le nombre de "conseils" annoncés numérotés façon liste. Et c'est là qu'on peut s'apercevoir qu'on est bien loin de la promesse faite dans la lettre de vente.
Et voilà...
A la fin de la lecture de cet ebook, je me retrouve 4 fois frustré et en colère.
Mais je suis un idiot parce que c'est de ma faute...
Car avec le recul, j'aurais pu me rendre compte de suite juste en regardant la page de vente, que le vendeur (qui est aussi l'auteur du livre) allait me prendre pour une truffe :
> Un design minimaliste, pas de marge,
> Un clipart sorti tout droit de Word 95 en header.
> Un texte centré sur mon navigateur (oui je suis sous IE et alors), ce qui rend la lecture de la page très difficile,
> Pas de cadeau
> Un visuel du livre très amateur,
> Une garantie de remboursement plus que douteuse, avec des conditions limite genre "il faut me prouver que vous avez suivi mes conseils" (autant dire que si je demande pas de remboursement dans les 7 jours, je pense que je peux m'asseoir dessus),
> Pas de mentions légales,
> Pas de Conditions Générales de Ventes...
...Mais un texte assez vendeur, et une accroche attirante...
Donc moi, je me suis arrêté au texte, mais avec le recul, peut-être que tous les indices d'amateurisme décrits ci-dessus auraient pu me mettre la puce à l'oreille et me faire freiner des 4 fers.
Bien fait pour moi...
Mais bien fait pour le vendeur aussi.
Parce que si moi j'ai perdu 47 euros, lui en a perdu au moins 500 fois plus.
> Déjà parce que c'est le premier produit que je lui achète, et dire que j'ai été déçu est un pléonasme.
C'est donc le dernier produit acheté chez lui, et il s'est donc coupé de plusieurs autres ventes.
> Ensuite parce que j'ai aussi une grosse liste de gens intéressés par le marketing par email. Il s'est donc coupé des 60 à 80 ventes que j'aurais pu faire faire à cette liste si on était devenu partenaires.
> Sans compter le nombre de partenaires que j'ai déjà qui ont au moins sinon plus de prospects que moi, et que j'aurais pu lui ramener si j'avais été emballé par le livre...
> Sans compter non plus la qualité de mes réponses quand on me pose des questions sur tel ou tel livre (et on m'en pose beaucoup) quand on va me demander des infos sur le sien. Et quand on va me demander de ce que je pense de l'auteur...
Bref... En faisant des livres bâclés, mal mis en forme, en n'honorant pas les promesses qui sont faites sur la page de vente, en prenant le lecteur pour une poire dès les premières pages, ce sont des milliers d'euros que l'on perd chaque année.
Certains clients, comme moi, ne demandent jamais le remboursement d'un produit acheté. Ce n'est pas par peur, ni par fainéantise, c'est juste que moi, je me refuse à donner des indices de médiocrité à un auteur qui s'est foutu de ma gueule, et que les retombées seront sévères.
Déjà parce que ce qu'il n'a pas compris, c'est que le vendeur le plus efficace de la planète pour un auteur-éditeur, ce sont ses livres eux-mêmes.
Un vendeur médiocre, qui ment, qui passe pour quelqu'un de faux, et qui n'inspire pas confiance, ne vend pas beaucoup.
Il en est de même pour les produits médiocres que produit un auteur...
Et ça, tout le talent du monde en copywriting ne changeront rien à cet état de fait.
Et le pire dans tout ça, c'est que ce genre de pratiques contribue à donner une mauvaise image du copywriting -entre autre-, car utilisé pour les mauvaises raisons.
En effet, comment ne pas associer cette discipline à de la "roupie de sansonnet" quand on assiste en direct à l'exemple flagrant d'un livre qui ne répond pas aux promesses faites à la suite d'un texte de vente d'apparence assez bon ?
C'est ce que je reproche en priorité à tous ceux qui ont fait croire au commun des mortels que le copywriting était à la portée de tous...
Ils n'ont pas pris les dispositions nécessaires pour en faire une discipline réglementée et ils n'ont pas mis assez de filtres à l'entrée, ce qui fait que l'on retrouve tout et n'importe qui dans ce domaine.
Je pense qu'on devrait créer une fédération, un peu comme la FEVAD, qui règlementerait cette discipline.
Je me rappelle du Bureau de Vérification de la Publicité, dans les années 90, qui ne laissaient pas passer n'importe quoi dans un magazine de grande diffusion.
Le principe était simple : Vous donniez votre pub et votre produit au BVP, et lui déterminait si cela "ressemblait" à une arnaque. Cela permettait de filtrer...
Je suis pour la même chose sur Internet. Je pense qu'on devrait instaurer une obligation de soumettre un texte de vente et le produit correspondant au service spécial d'un organisme comme la CNIL, qui pourrait alors juger du bienfondé d'un argumentaire comme le fait le BVP pour les magazines.
Je vais d'ailleurs tenter de contacter la CNIL en ce sens, parce que des expériences comme celles que je vient de vivre avec cet ebook à 47 € me fait dire que si moi, qui suis quand même un acteur averti du monde de la vente sur Internet, je me fais avoir, qu'en est-il du commun des acheteurs ?
Oui, décidément, ce vendeur va perdre bien plus que les 47 euros qu'il a gagné avec mon achat.










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